Les mardis de l’Info

Les Mardis de l’Info interrogent sur le rôle des intellectuels
Avec Gérard Streiff et Jérôme Leroy

C’était en quelque sorte le sujet du bac pour Jérôme Leroy et Gérard Streiff, invités des « Mardis de l’Info » du 10 juin à l’Espace Marx de Lille-Hellemmes. Le sujet : « Quel est le rôle et la place des intellectuels dans notre société et dans le débat politique ? ». Mention très bien pour les deux écrivains. A voir en résumé ou en intégralité (vidéo réalisée par Rabah Chaïbi - VialilleTV)

Jérôme Leroy et Gérard Streiff, invités des « Mardis de l’Info » du Club de la presse du 10 juin à l’Espace Marx de Lille-Hellemmes

Pour la dernière de la saison des « Mardis de l’Info » du Club, les animateurs de ce rendez-vous annuel ont fait dans la dentelle. Exemple avec une entrée en matière signée Djamila Makhlouf : « Dans son livre « Les Intellectuels intègres », Pascal Boniface interroge et dresse le portrait de quinze intellectuels français. Grand nombre d’entre eux commencent par dire qu’ils ne sont pas intellectuels. Et vous ? »

Auteur de romans noirs qui, à l’instar de « Monnaie Bleue » et « Le Bloc » décrivent la montée d’une dictature policière (en récupérant des émeutes urbaines) et l’arrivée au pouvoir d’un parti d’extrême-droite, Jérôme Leroy insiste sur la distinction. « Je suis écrivain. Mon rôle n’est pas celui de l’intellectuel », avance-t-il en substance. « Il a fallu à Pierre Bourdieu des années pour construire sa pensée et proposer un concept. Un intellectuel, c’est celui qui produit du concept. Rien à voir avec le travail d’un écrivain ».

Parler au peuple

Gérard Streiff ne prétend pas autre chose. Dans le livre qu’il a écrit avec Matéo Montesinos, « Entourlooping », il nous porte à Roissy-Charles-de-Gaulle, une « gigantesque ville éphémère » que squatte une SDF sans-papier roumaine, et nous fait vivre une enquête sur une énorme affaire de détournement de fonds. Là encore, la menace de l’extrême-droite est omniprésente.

Alors, écrivains visionnaires chevauchant la fiction pour mieux nous alerter sur nos libertés en danger, observateurs pertinents et très lucides (ils sont aussi journalistes !) d’une société déliquescente ? Hommes engagés qui ont choisi la plume pour être témoins et vigies de leur temps ? En quoi le mot « intellectuels » peut-il leur être refusé ?

Les invités des Mardis interrogés par Djamila MakhloufPetit-fils de Paul Nizan, Emmanuel Todd confie à Pascal Boniface (« Les Intellectuels intègres ») n’être pas un intellectuel, mais un chercheur. Et de préciser, finalement, qu’il est « devenu un intellectuel à l’insu de son plein gré ». Un an avant l’élection des députés européens, il accordait à l’hebdomadaire « Marianne » un entretien croisé avec Frédéric Lordon. Les deux adversaires de l’euro débattaient d’une « possible sortie de crise », appelaient à la «  souveraineté populaire contre le pouvoir des banques », et estimaient urgent que les intellectuels parlent au peuple.

Mieux interpréter le monde

Dans son livre « Pharmacologie du Front national, chez Flammarion), sorti l’an dernier, le philosophe Bernard Stiegler prédit l’arrivée au pouvoir du Front national. « Engagé à gauche, écrit « L’Express » du 12 septembre 2013, il pointe les responsabilités de la droite dans le succès de Marine Le Pen, mais n’occulte pas celles de son propre camp ».

Les exemples d’intellectuels qui apportent leurs réflexions ne sont pas rares. Même s’il ne faut pas tout confondre. Les spéculaires Bernard Henri-Lévy et Zemmour ont peu à voir (rien à vrai dire) avec Zola, Malraux, Sartre, Camus, Foucault, Bourdieu, Todd, Stiegler, Benbassa, etc. Mais on ne peut affirmer, comme le veut une idée trop communément admise, que les intellectuels sont désormais silencieux. C’est ce qu’explique Gérard Streiff dans un article publié l’an dernier dans « La Revue du Projet » : « L’intellectuel, le clown et l’expert ». L’expert est devenu le chouchou des chaînes de télévision. Il ne saurait faire oublier l’existence de l’intellectuel.

Pourtant, le rôle des intellectuels est souvent mis en cause. Pour le philosophe Zygmunt Bauman (auteur de « La décadence des intellectuels », paru en 1987), « les années 80 représentent la fin d’une époque dans l’histoire des intellectuels. Pour lui, les « intellectuels ont renoncé à changer le monde ». Cela remonte, explique-t-il à « Télérama » (n°3029), aux année 80, lorsqu’à commencé à disparaître le rêve d’une société idéale, garante du bonheur humain, un rêve énoncé par les philosophes des Lumières. « C’est en disparaissant que ce rêve s’est fait le plus remarquer : on s’est mis alors à déplorer la fin des utopies, la fin des idéologies. Les intellectuels ont cessé d’être des « législateurs », c’est-à-dire ceux qui écrivent les feuilles de route censées mener à cette société idéale. Ils ont semblé douter qu’ils étaient capables de concevoir ce projet, mais surtout, que ce travail en valait la peine. »

Excluant toute nostalgie, Jérôme Leroy et Gérard Streiff ne prétendent pas le contraire. « L’époque a changé. Les années Sartre et Camus sont révolues », résument-ils. Alors, à quoi servent les intellectuels aujourd’hui ? A défaut de vouloir le changer, sans doute à nous aider à mieux comprendre, à mieux interpréter notre monde. «  Un monde multiculturel, constitué de différences », observe Bauman. «  Nous devons donc apprendre à vivre avec ces différences. C’est tout un art, qui exige une capacité au dialogue, à la traduction entre les cultures, pour laquelle il faut des interprètes, des passeurs.  »

Philippe Allienne
Photos : Gérard Rouy

Gérard Streiff est journaliste à « La Revue du Projet » et écrivain. Avec Matéo Montesinos, il a publié « Entourlooping – magouilles et compagnies aériennes » aux éditions Krakoen (2013)

Jérôme Leroy est écrivain (Le Bloc (Gallimard), Norlande (Syros), Dernières Nouvelles de l’Enfer (Archipel). Il est responsable des pages Culture du magazine « Causeur » et auteur de la chronique « Le Talon de Fer » chaque semaine dans « Liberté Hebdo ».


 

 

 

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