Une spin-doctor au club pour diagnostiquer les candidats à la présidentielle

, par Club de la presse Nord - Pas de Calais

Devant un public très attentif, composé de journalistes, d’étudiants en journalisme et de militants politiques, Ghyslaine Pierrat a échangé au club de la presse, ce mardi 24 janvier, sur les spin-doctors et la vie politique française.

Docteur en communication politique et économique, elle est elle-même « spin doctor à la française », un concept qu’elle explique et développe dans un livre publié en 2011 : «  La communication n’est pas un jeu : les "spin-doctors à la française" » (L’Harmattan). Elle y prend ses distances par rapport à la communication politique qui relève de la propagande et de la manipulation. « Le spin-doctor n’a pas vocation à transformer un homme ou une femme politique en comédien ou en tricheur », a-t-elle notamment rappelé l’autre soir.

Ghyslaine Pierrat, Docteur en communication politique et économique

Mais c’est pour évoquer son dernier essai, sorti il y a deux mois, qu’elle a répondu à notre invitation. Écrit dans la perspective de l’élection présidentielle de cette année, il ambitionne (selon la note de l’éditeur, L’Harmattan toujours) d’aider les lecteurs à « faire le meilleur choix pour notre pays, la 5ème puissance mondiale, la France ». Son titre : « Qui sont les acteurs et ’’influenceurs’’ de la vie politique française ? ». Après une définition de ce qu’elle pense devoir être un président de la République aujourd’hui, elle trace 44 portraits de personnages politiques et d’influenceurs. Elle y développe leurs atouts et leurs handicaps.

Surprenant, on ne trouve pas le portrait de Benoît Hamon (« Il fallait s’arrêter à 44, c’est mon chiffre fétiche », sourit Ghyslaine Pierrat). En revanche, c’est François Hollande qui ouvre la galerie. Le livre est sorti avant que la décision du président de ne pas se représenter soit connue. Elle le voyait pourtant candidat, malgré ses « handicaps ». Décrivant un personnage très complexe qui a eu l’idée « ubuesque » de se décrire comme un « président normal », elle estime qu’il n’est pas parvenu à entrer dans son habit présidentiel. « Son handicap, écrit-elle, serait de laisser son double médiatique, prendre le pas sur sa vraie nature. Car il s’ingénie à n’être pas naturel ».

Double médiatique

Ce « double médiatique » auquel aucun politique ne peut échapper ne doit surtout pas dévorer l’homme ou la femme. C’est pourtant ce qui est arrivé dans les années 70/80, au communiste Georges Marchais, c’est ce qui menace nombre de candidats au poste suprême. Mais que peuvent faire et que font les « spin-doctors », ces conseillers de l’ombre ? Souvent exigeants sur les comportements, les éléments de langage et les attitudes non verbales de leurs poulains, ils sont parfois dépassés par des traits de personnalité inattendus. Ainsi, par exemple, de cette manière qu’a Emmanuel Macron de fixer la caméra, c’est-à-dire le téléspectateur, au lieu de regarder l’intervieweur. Un comportement qu’aucun conseiller n’aurait pu lui souffler, bien au contraire. Quant à son «  look Wall Street » et à son « débordement » vocal, lors de son meeting de la Mutualité à Paris, Ghyslaine Pierrat y voit une erreur de jeunesse qui, en principe, ne devrait pas se renouveler.

Ombre et lumière

Que dire aussi de ces intellectuels qui influencent, comme Michel Onfray ou Alain Finkielkraut ? Leur présence massive devant les caméras ne choque pas l’auteur. Bien au contraire. Les hommes et les femmes politiques ont besoin d’eux et de leur rélexion, affirme-t-elle. Ceux qui doivent demeurer dans l’ombre, en revanche, sont les conseillers en communication politique. Le cas de Gaspard Gantzer, lorsqu’il se met en lumière au point d’éclipser le personnage principal (le président Hollande en l’occurence), est catastrophique. Une erreur qui était clairement apparue dans le documentaire "A l’Elysée, un temps de Président" du réalisateur Yves Jeuland.

Mais dans un monde soumis à un rythme toujours plus rapide, les spin-doctors comme les acteurs de la vie politique n’ont décidément pas la tâche aisée. Ghyslaine Pierrat invite ceux qui veulent faire de la politique, c’est-à-dire se mettre au service des gens, à ne pas oublier les fondamentaux : « Aimer les gens, avoir une vraie vision de la société, savoir où l’on veut aller, avoir du courage ». A la faveur d’une question sur les « fantômes de 2017 » (on pense notamment à la figure tutélaire de Charles De Gaulle), elle se demande si l’actuel casting pour la prochaine élection présidentielle est bien à la hauteur des enjeux. Et à l’heure où les réseaux sociaux ont pris un pouvoir considérable, à l’heure où la presse main-stream est rejetée par une part importante de la population (qui rejette en même temps les politiques sauf à écouter les sirènes d’extrême droite), elle encourage au militantisme de terrain, au porte-à-porte, à l’échange direct. Et à l’attention des étudiants, futurs journalistes, futurs spin-doctors ou futurs politiques, elle émet un conseil vibrant : « Lisez des livres, lisez beaucoup de livres ». Le regretté Pierre Desproges aurait ainsi conclu : « Étonnant, non ?  »

Philippe Allienne
Vidéo : Philippe Bruyelle

« Qui sont les acteurs et ’’influenceurs’’ de la vie politique française ? 44 portraits intimes et médiatiques. Présidentielle 2017 » - Lharmattan-2016.


 

 

 

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